Le métier de Thanadoula : accompagner les vivants à travers le deuil

2 novembre 2025

Le métier de Thanadoula demeure encore méconnu en France.
Apparu à New York en 2003, il s’est ensuite développé en Suisse et en Belgique, avant de trouver une reconnaissance progressive en France grâce à la formation Qualiopi de l’IDDFV (Institut Deuils-Doulas de Fin de Vie), ouverte depuis 2019.

Dans une société vieillissante, où la crise du Covid-19 a révélé notre difficulté à parler de la mort, la présence de personnes formées pour accompagner ces passages devient essentielle.
Les thanadoulas sont là pour redonner une place à la parole autour de la mort et du deuil, dans un cadre bienveillant et non médical.

D’où vient le mot « thanadoula » ?

Le terme thanadoula unit deux racines grecques :

  • Thanatos, personnification de la mort dans la mythologie grecque, fils de Nyx (la nuit) et frère jumeau d’Hypnos (le sommeil).
    De son nom découlent des termes comme thanatologie (étude de la mort) ou thanatophobie (peur de la mort).
  • Doula, mot grec désignant à l’origine “la femme qui accompagne et soutient” — traditionnellement la grossesse, la naissance, et les passages de vie.

Ainsi, la thanadoula est l’accompagnante des passages liés à la mort — qu’il s’agisse de la fin de vie, du deuil ou de la symbolique de la perte.
Elle accompagne la mort non comme un événement dramatique, mais comme un processus relationnel et universel.

Un métier d’accompagnement avant tout

Le rôle des thanadoulas varie selon leur sensibilité et leur spécialisation.
Certaines interviennent au chevet des mourants et de leurs aidants, d’autres — comme moi — choisissent de se consacrer principalement à l’accompagnement du deuil et à la reconstruction des vivants.

Dans ma pratique, l’enjeu n’est pas seulement d’accompagner la fin de vie, mais d’aider celles et ceux qui restent à traverser la perte, à restituer du sens, et à réinvestir la vie.

Le deuil est un passage, pas un oubli.
Il se vit à travers le corps, les émotions, les symboles et la parole.
C’est là que le travail de la thanadoula trouve toute sa place : dans cette présence douce et structurée qui permet aux endeuillés de respirer à nouveau.

Le deuil : bien au-delà de la mort

Contrairement à une idée répandue, le deuil ne se limite pas au décès d’une personne.
Il s’agit d’un processus universel qui s’active chaque fois qu’une perte significative vient transformer notre rapport au monde.

Les formes de deuil sont multiples :

  • Le deuil lié au décès d’un proche (parent, ami, conjoint, enfant, collègue)
  • Le deuil animalier, souvent minimisé mais profondément marquant
  • Le deuil périnatal, incluant fausses couches, IVG, IMG, bébés mort-nés ou mort subite du nourrisson
  • Les deuils de transition, lorsqu’un changement de vie vient bouleverser l’équilibre existant :
    séparation, divorce, déménagement, immigration, reconversion professionnelle, annonce d’une maladie chronique ou d’un handicap, départ à la retraite, ménopause…

Chacun de ces deuils demande une reconnaissance, un espace de parole et une symbolisation.
C’est dans cet accompagnement du mouvement intérieur de transformation que la thanadoula intervient.

Accompagner les endeuillés

Les personnes endeuillées se sentent souvent isolées, incomprises, démunies face à leurs émotions et aux démarches à accomplir.
Le rôle de la thanadoula du deuil est d’offrir un espace d’écoute et de parole sans jugement, où les émotions peuvent s’exprimer librement.

Je crée ces espaces sous plusieurs formes :

  • accompagnement individuel du deuil,
  • ateliers collectifs autour des pertes symboliques et des transitions,
  • cercles de parole pour aidants et proches endeuillés,
  • ateliers de sensibilisation sur les directives anticipées et la préparation de la fin de vie, afin d’aborder la mort avec clarté et sérénité.

Ces temps d’échange permettent de remettre la mort à sa juste place dans la vie, et de sortir du silence qui pèse souvent sur nos deuils.

Quand l’analyse transgénérationnelle enrichit le travail de deuil

Mon approche est également nourrie par l’analyse transgénérationnelle, qui permet d’explorer les deuils gelés et les “mal-morts” présents dans la lignée familiale.

Certaines douleurs ne nous appartiennent pas directement : elles se transmettent par loyauté inconsciente, par silence ou par répétition des schémas.
En retraçant ces histoires, il devient possible de comprendre pourquoi certains deuils sont plus lourds ou plus complexes à traverser.

Grâce à cette lecture de l’arbre familial, j’aide les personnes à :

  • identifier les pertes non reconnues de leur lignée,
  • honorer symboliquement les ancêtres “mal partis”,
  • créer des rituels réparateurs qui rendent au passé sa juste place,
  • comprendre les réactions familiales au deuil sous un angle apaisant et non culpabilisant.

L’analyse transgénérationnelle permet ainsi de libérer le deuil de sa dimension héritée, et d’ancrer la personne dans son propre mouvement de vie.

Ni médecin, ni psychologue

Je ne suis ni médecin ni psychologue.
Mon rôle n’est pas de soigner, mais d’accompagner.
Mes accompagnements ne se substituent en aucun cas à un suivi médical ou psychiatrique, et peuvent venir en complément d’une thérapie menée avec un psychologue.

Je travaille en réseau avec d’autres professionnels du soin, du social et du funéraire, afin d’orienter, si nécessaire, vers les ressources adaptées à chaque situation.

Vers une culture du vivant

Le métier de thanadoula est avant tout une mission de réconciliation :
réconcilier les vivants avec la mort, les familles avec la parole, et chacun avec sa propre humanité.

Accompagner la mort, c’est aussi accompagner la vie — dans toutes ses formes, même les plus fragiles.
En cela, la thanadoula n’est pas une figure du deuil, mais une gardienne du lien entre la perte et la Vivance.

Dania Balohé Lacourrège

Thérapeute & Thanadoula spécialisée dans l'accompagnement aux deuils, traumas et transitions de vie. Praticienne en Analyse Transgénérationnelle. Quitter la Survie, Réinvestir sa vie.

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